Même si – ou peut-être parce que – on n’attend plus vraiment grand-chose de Franz Ferdinand, 20 ans plus tard, leur prestation enthousiaste, peut-être un peu trop millimétrée, nous a ravis : les chansons sont toujours aussi géantes, et le niveau d’énergie s’est parfois approché de celui d’autrefois…
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On s’était presque promis pourtant de ne plus retourner voir Franz Ferdinand sur scène, et puis… deux choses nous ont fait changer d’avis : d’abord la parution d’un nouvel album, The Human Fear, leur meilleur depuis Tonight, avec pas mal de bonnes chansons, effaçant le souvenir mitigé de Right Thoughts et le très mauvais arrière goût laissé par Always Ascending, une catastrophe ; et ensuite, parce que, un groupe comme eux à la Cigale, c’est quand même difficile à refuser. Et ce d’autant qu’on n’est pas près d’oublier la déflagration qu’on avait ressentie face à eux, dans les mêmes lieux, en novembre 2008, pour le Festival des Inrocks.
20h00 : La soirée commence plutôt moyennement, même si (chose assez rare pour être notée) la Cigale est déjà quasi complètement remplie pour cette première partie d’un public agréablement mélangé en termes d’âge : toutes les catégories de fans de rock, des plus jeunes aux plus… euh… expérimentés, sont là, montrant – et c’est une très belle nouvelle – que Franz Ferdinand sont un groupe qui continue à fédérer. Le problème est plutôt Master Peace, un jeune Londonien qui semble proche du groupe, et qui a eu l’idée – une fausse bonne idée, en fait – de mélanger à parts égales dans sa musique le hip hop et le rock, voire la pop-rock. Il est donc accompagné sur scène par un guitariste « rock » cochant toutes les cases en la matière : blanc, chevelu, se prenant pour un guitar hero des seventies… n’en jetez plus ! Le résultat de ce mélange de genres n’est jamais convaincant, ni excitant… même si Master Peace demande à tout le monde de taper dans les mains, d’agiter les bras, de sauter et de s’accroupir (soupir !). On s’ennuie ferme, pendant qu’une partie de la fosse fait visiblement des efforts pour paraître intéressée. Totalement anodin.
21h00 : Alex Kapranos & Band – pardon, Franz Ferdinand – entrent en scène sur Bar Lonely, l’un des titres du dernier album qui évoque bien la brillance passée du groupe glasvégien (« Pa pa pa pa pa » !). Alex, en costard impeccable – même si l’on peut tiquer sur les chaussettes rouges ! – est d’emblée « l’animateur sympa » de la soirée, et il va mouiller la chemise, le bougre. Pas d’ironie dans ce commentaire, Alex a l’air vraiment content d’être là, à deux pas de chez lui, et dans cette Cigale où son groupe triompha il y a presque deux décennies.
Le son est impeccable, les lumières parfaites (nettement meilleures que dans 90% des concerts auxquels nous assistons), et le quatuor entourant Alex est toujours aussi… transparent (bon, on fera exception pour le fidèle guerrier qu’est Bob Hardy à la basse, qui continue à être renfrogné sur scène avec une constance qui appelle l’admiration) : bref, FF, c’est maintenant Alex, un point c’est tout. Et cela fait certainement une différence, malgré l’énergie déployée sur scène, avec la magie que dégageait le groupe à l’origine.
Le principe de ce set, c’est de jouer l’intégralité de The Human Fear (une seule exception, Tell me I Should Stay, resté sur le carreau), en alternant les nouveaux titres avec les classiques des deux premiers albums explosifs. Un pari qui semble raisonnable puisque garantissant qu’une chanson sur deux ravivera forcément la flamme dans le public. Mais aussi un risque d’effet de « montagnes russes » si les nouvelles chansons s’avèrent trop faibles. Nous sommes rapidement rassurés : la bonne impression faite par les compositions de The Human Fear est parfaitement confirmée sur scène, et dans leur grande majorité, elles ne souffrent pas de la comparaison. A partir de là, on sait que la soirée sera réussie, bien plus que ne l’avait été leur dernier passage au Zénith.
En fait, ce soir, contre toute attente, Alex Kapranos nous fera ravaler notre nostalgie, et nous réservera de beaux instants de bonheur. Il jouera même l’étonnante Black Eyelashes, joli moment de fantaisie klezmer qui n’aura rien de ridicule ! Et des titres comme Audacious, avec sa touche Beatles, Night or Day (qui se rapproche quand même diablement des classiques de la première époque du groupe), et surtout Hooked, l’un des sommets de la soirée (avec une intervention, très pertinente cette fois, de Master Peace !), d’ailleurs bien plus convaincant que sur l’album. Une petite déception avec The Doctor, toutefois, en deçà de l’excitation que l’on en attendait en live…
Au niveau des « classiques », pas de surprise : The Dark of the Matinée reste une tuerie absolue, Take Me Out rend tout le monde fou et est un immense moment de JOIE, This Fire est le final puissant de toujours (même si le morceau est un tantinet désamorcé par la présentation des musiciens !). On remerciera aussi la fan du premier rang qui convaincra Alex de nous jouer une version de Jacqueline : non répétée, non présente sur la setlist, et donc un peu plus bringuebalante, moins parfaitement « millimétrée » que le reste du set, Jacqueline a introduit in extremis une touche d’émotion supplémentaire bienvenue.
Bref, en ressortant de la Cigale, on était à deux doigts de se dire à nouveau amoureux de ce groupe. Ou tout au moins de ses chansons, toujours magiques. Et si on y retournait, la prochaine fois ?
Texte et photos : Eric Debarnot