Jean-Baptiste Del Amo réussit brillamment un exercice périlleux : raconter une histoire horrifique sans tomber dans les clichés et la série Z. Au-delà du côté haletant de l’histoire, il s’agit d’un roman sur le passage à l’âge adulte et sur la confrontation à la dureté du monde.

Grâce à un préambule accrocheur de quatre pages qui n’a rien à envier aux scènes de films qui fichent la trouille (vous savez, celles où on ne voit rien mais dont notre imagination débordante s’empare pour nous serrer le ventre et nous faire fermer les yeux), le lecteur est immédiatement happé.
Après cette introduction qui annonce la tonalité du livre, le lecteur redescend en pression. Nous sommes dans les années 90, dans une petite ville (fictive) de la périphérie toulousaine, Saint-Auch. Cinq adolescents, Alex, Max, Mehdi, Lena et Thomas, sont potes, fréquentent le même lycée, traînent ensemble pendant leur temps libre au centre commercial et au ciné où ils se délectent de films d’horreur. Il y a bien quelques ombres au tableau : un élève qui harcèle Mehdi au lycée, le passé familial difficile de Lena, le beau-père violent de Thomas, la maladie de la mère d’Alex, mais ils essaient de s’en accommoder. La banalité de leur vie est celle de beaucoup d’ados qui ont grandi à cette époque et qui se reconnaîtront.
Sauf que dans leur quartier se trouve LA maison : une maison abandonnée au bout d’une impasse aux fenêtres occultées, qui les attirent irrésistiblement.
Quand un ado du quartier meurt dans des circonstances troubles, la bande de potes ne peut résister à la curiosité qui les taraude et décide d’entrer dans cette maison abandonnée.
Commence alors pour eux une lente descente aux enfers, tous aux prises d’un désir incontrôlable de découvrir ce que recèle réellement cette maison et ce qu’elle peut leur apporter… Arrêtons-nous là pour ce qui est de l’intrigue et vous laisser le plaisir de découvrir la suite.
Jean-Baptiste Del Amo gagne un pari risqué. Ce roman de genre ne tombe jamais dans la caricature, sa qualité d’écriture lui permet de rendre les scènes cinématographiques sans friser le ridicule. Le lecteur y croit ! Et même pour une personne non avertie ou non adepte de l’horreur, ça fonctionne admirablement bien. Les personnages sont extrêmement attachants, le réel et le fantastique se mêlent à merveille. Jean-Baptiste Del Amo est un admirateur de Stephen King et a visionné beaucoup de films horrifiques dans sa jeunesse. Il rend ici un très bel hommage au maître du genre.
Au-delà de l’histoire haletante et accrocheuse, c’est toute la symbolique du passage à l’âge adulte et de notre place dans la société qui est ici décortiquée. La maison au bout de l’impasse est l’allégorie parfaite de ce qu’on laisse derrière soi, de ce que l’on veut détruire et de ce que l’on veut garder. Pouvoir s’interroger sur ses aspirations et son identité, sa place future dans la société et avoir la force d’assumer.
Ce roman est une vraie réussite. Juste un dernier conseil : choisissez bien vos temps de lecture pour ne pas vous endormir après certains passages au risque d’un sommeil un peu perturbé…
Caroline Martin