Ce jeudi, notre chronique Tiens écoute ça ! est consacrée à Pretty Like Drugs, une chanson qui, pour paraître obscure au grand public, aura marqué au fer rouge quiconque a assisté un jour à un concert de QueenAdreena !

Ah ! QueenAdreena ! Un groupe tellement peu connu que c’en est révoltant, puisqu’on parle là de l’une des expériences scéniques les plus extraordinaires qu’on ait pu vivre au XXIème siècle. Pour peu qu’on aime le rock quand il fait peur, quand il saigne, quand il hurle, quand il nous fait basculer dans une irrépressible hystérie. Mais, non, ce n’est même pas vrai, car je me souviens à l’époque avoir emmené à des concerts de QueenAdreena des gens « normaux » (oui, j’en connais quand même…) et qui sont ressortis de la salle émerveillés, transformés peut-être (au moins un peu…).
Consultez Wikipédia, qui vous dira que QueenAdreena était un groupe « indie » anglais, actif entre 1999 et 2010, monté par le guitariste Crispin Gray et la chanteuse / « performeuse » Katie Jane Garside, qui s’étaient rencontrés dans Daisy Chainsaw. Autour de nos deux forcenés, une valse de batteurs et surtout de bassistes, même si, à notre avis, la période royale du groupe fut celle avec Pete Howard (qui connut une courte heure de gloire en jouant avec The Clash à la fin groupe) à la batterie, et Nomi Leonard (qui m’a toujours rappelé l’androïde de Blade Runner joué par Daryl Hannah…) à la basse. Quatre albums studios seulement, parmi lesquels Drink Me et The Butcher and The Butterfly sont les plus notables, mais qui n’atteignent jamais le dixième de la furie électrique et mentale qu’était le groupe sur scène, malheureusement.
Et si, de cette courte mais éblouissante trajectoire, ne subsistait qu’une seule chanson, ce serait Pretty Like Drugs (le titre, déjà…), extrait de Drink Me : l’un des titres les plus représentatifs de QueenAdreena, alternance de douceur malaisante, perverse, et d’explosions électriques immaitrisables, avec des paroles témoignant brillamment du « malaise de notre civilisation ». Mais surtout, la plupart du temps, le point d’orgue libératoire des sets de QueenAdreena. Dont il reste aussi, et c’est heureux, un formidable clip vidéo, parfaitement représentatif de l’atmosphère menaçante, sexuelle, puis déjantée et ultra-violente que ce groupe inclassable dégageait. Et quelques enregistrements live, de qualité moyenne, qui peuvent être dégotés sur le Net.
Le fait que de tels moments de perfection Rock (je ne connais guère que le Gun Club, dans sa période Miami / Death Party, qui en soit arrivé à de tels sommets !) se perdent peu à peu dans l’oubli, au fur et à mesure que ceux qui ont assisté à des concerts de QueenAdreena vieillissent, est évidemment un déchirement absolu. Pourtant, le côté éphémère du génie artistique (et oui, Katie Jane Garside, vêtue de sac poubelles en plastique, perchée sur une chaise avec ses hauts talons, sa bouteille de vin rouge à la main, et son regard perdu dans une folie inaccessible, était de fait, géniale !) est aussi ce qui en fait son importance vitale pour l’humanité.
Eric Debarnot
Pretty Like Drugs – les paroles :
In vein, I seek farther
The needle closer, the little end
Oh, yeah, yeah, yeah, yeah
(En vain – ou Dans la veine -, je cherche plus loin / L’aiguille plus proche, le petit bout / Oh, ouais, ouais, ouais, ouais)
The world is watching
As I take my last breath
The world is watching
As I get undressed
(Le monde me regarde / Alors que je rends mon dernier souffle / Le monde me regarde / Alors que je me déshabille)
[Refrain]
Cause I’m pretty like drugs, I’m pretty like drugs
Cause I’m pretty like drugs, I’m pretty like drugs
(Parce que je suis plutôt comme la drogue – ou je suis jolie comme la drogue)
The world is watching
As my wings unfurl
The world is watching
The death of a girl
(Le monde regarde / Alors que mes ailes se déploient / Le monde regarde / La mort d’une fille)
[Refrain]
I load the gun and I’m out of the world!
And I take it harder cause, oh!
(Je charge le flingue et je quitte le monde ! / Et je le prends très mal, parce que, oh !
[Refrain]
The world is watching
With a pregnant pause
The world is watching
As I fuck to applause
(Le monde regarde / Avec une pause lourde de sens / Le monde regarde / Pendant que je baise sous les applaudissements)
The world is watching
As I plant the last seed
The world is watching
Me watching TV
(Le monde me regarde / Alors que je plante la dernière graine / Le monde me regarde / Alors que je regarde la télé)
[Refrain]
I load the gun, yeah, I wax and wane!
Subject all of my pain onto you, baby!
(Je charge le pistolet, ouais, je deviens plus forte, puis je m’affaiblis à nouveau ! / Je te soumets toute ma douleur, chéri !)
[Refrain]