[Live Report] And So I Watch You From Afar et Robocobra Quartet à Petit Bain : Viva Belfast !

Remarquable soirée mêlant créativité musicale et enthousiasme hier à Petit Bain : les rois du Post Rock énervé et chamailleur de ASIWYFA et les jazzeux punks de Robocobra Quartet on fait honneur à l’Irlande du Nord !

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ASIWYFA à Petit Bain – Photo : Eric Debarnot

Bien sûr, on est tous (?) conscients de passer en permanence à côté de dizaines, voire de centaines d’artistes ou de groupes formidables, étant donné l’effervescence actuelle de la Planète Rock. Mais il n’empêche qu’on se sent péteux de ne découvrir sur scène qu’aujourd’hui, alors que le groupe a déjà plus de quinze ans d’existence, les Irlandais de And So I Watch You From Afar (ASIWYFA pour faire plus simple) ! Mieux vaut tard que jamais, peut-être, mais quand même, quelle (heureuse) surprise…

Les portes de Petit Bain ont ouvert plus tôt qu’à l’habitude, car la tournée européenne Megafauna (le titre de leur dernier album) de ASIWYFA a embarqué en son sein deux autres groupes, ce qui permet de témoigner de la créativité musicale de la scène du Royaume-Uni – qui se dégage peu à peu, et c’est formidable, de l’héritage « post punk » qui a plombé l’atmosphère ces dernières années.

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19h15 : et on commence par 30 minutes pas loin d’être extraordinaires, avec un groupe de Belfast (comme ASIWYFA) étiqueté jazz qui a adopté le patronyme improbable de Robocobra Quartet. Imaginez quatre musiciens (il semble d’ailleurs que le line-up peut varier parmi une petite troupe constituant le noyau dur du quartet, à vérifier !) qui jouent une sorte de jazz plutôt free, sur lequel le batteur pose un spoken word régulièrement déjanté. On les compare à feu Black Midi, à Squid, deux références louangeuses, mais dans le fond, ce qu’ils font est encore plus décalé, encore plus « ailleurs ». Parfois, quand le couple saxo et basse grondante adopte une allure plus « traditionnellement rock », il n’est pas interdit de laisser les beaux souvenirs de Morphine nous revenir en mémoire. A d’autres moments, en particulier grâce au jeu de batterie étonnant de Chris W. Ryan (la batterie est ici un instrument à part entière, et ne joue pas particulièrement un rôle rythmique), et à sa manière stupéfiante de raconter des choses dérangeantes sur la « vie au XXIème siècle », avec un mélange bien tempéré de second degré et de désespoir, Robocobra Quartet proposent quelque chose de réellement inédit. Et passionnant. Grosse, grosse découverte !

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20h05 : on ne pourra malheureusement pas dire la même chose avec les très pénibles et ennuyeuses quarante minutes du set de SCALER, quatuor de Bristol qui a la sombre idée de jouer de la musique électronique expérimentale avec des « vrais » instruments (bon, on simplifie, mais vous voyez le principe). Le batteur est d’ailleurs remarquable, et il faut bien dire que c’est intéressant de se plonger dans ce genre de vortex bruitiste abstrait quand il est porté par une vraie batterie plutôt que par des « beats ». Mais sinon, on s’ennuie vite ferme, tant cette « musique » manque d’aspérité, d’originalité,… d’humanité aussi (même si on comprend bien que ce n’est pas là leur objectif). SCALER jouent dans le noir, et l’attention des spectateurs est sensée se focaliser sur les images projetées au fond de la scène, dont certaines sont en effet frappantes. Il y a en tout une dizaine de minutes, en ouverture et en fin de set, où une puissance agréable se dégage de tout ça, mais globalement, on a trouvé ça prétentieux et vain.

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21h15 : la scène, bien dégagée de l’accumulation de matériel de SCALER, va permettre au trio de And So I Watch You From Afar d’occuper un espace confortable pour se démener comme des furieux, ce qu’ils feront du début à la fin des une heure vingt de leur set, qui s’ouvre sur une longue introduction (la musique de Star Wars, nous semble-t-il). Au fond de la scène, le symbole du groupe s’affiche, un triangle noir sur fond blanc, la pointe en haut. On a parlé de « trio » tout simplement parce que Chris Wee, le batteur, est resté à la maison pour s’occuper de son nouveau-né : il est remplacé par un batteur de tournée, qui va s’avérer d’ailleurs remarquable du début à la fin du set, alors que la musique de ASIWYFA est tout sauf binaire et simple…

2025 04 04 ASIWYFA Petit Bain (2)Le set démarre d’ailleurs par le très bel enchaînement de Mother Belfast, Pt. 1 et Pt. 2, assez jazzy sur l’album Megafauna, mais qui devient au bout d’une minute un terrible ouragan balayant d’un coup la salle : pour ceux, qui, comme nous, ne savaient pas forcément à quoi s’attendre après l’écoute des très beaux disques du groupe, c’est clair, ASIWYFA sur scène, c’est du radical ! On comprend tout de suite comment le groupe se démarque de concurrents aussi talentueux que Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor : pas question chez eux de longs crescendos envoûtants, mais une volonté de rentre-dedans qui les apparente plus sur scène à un combo punk rock, en dépit de l’impressionnante virtuosité musicale dont ils font preuve. Les mots-clés pour ce set sont simplement « excitation » et « plaisir », ce qui n’est pas souvent le motto des groupes de post-rock !

A Slow Unfolding of Wings offre une alternance d’arpèges suspendus à la guitare et d’explosions soniques qui font naître le premier moshpit, au milieu d’un public visiblement constitué dans son intégralité de fans passionnés. A les regarder ainsi sauter de joie, on se souvient que ASIWYFA sont un groupe qui a construit sa réputation et son succès sur d’incessantes et longues tournées à travers le monde : un vrai groupe de scène, quoi ! Et attention à nos doigts qui traînent sur les retours au premier rang, car le littéralement frénétique Rory Friers s’en sert comme trampoline pendant que le bourdonnant Wasps permet au public déchaîné de faire les chœurs : cette musique instrumentale qui accueille parfois des « Lalalala » ou des « OhOhOh » du public, aussi connaisseur qu’enthousiaste. Un grand moment, où la musique de ASIWYFA devient lyrique (et non, on ne parle pas du genre de lyrisme « à la U2« ).

A Little Bit of Solidarity Goes a Long Way, avec son côté « Math Rock », est le premier grand classique – tiré du tout premier album du groupe – offert en cadeau aux fans, et, naturellement, décuple leur joie. Pour nous, qui n’avons pas la nostalgie d’une période du groupe à côté de laquelle nous sommes passés, c’est plutôt North Coast Megafauna qui nous remplit de bonheur : une longue composition complexe, riche, toujours surprenante, percée de pics d’une brutalité terrible, caractéristique du meilleur du groupe. Pour le très beau Any Joy, Rory nous explique que le groupe n’a pas le budget pour emmener en tournée l’orchestre à cordes qui l’accompagne sur le titre, mais qu’on les entendra sur un enregistrement : sans vouloir vexer Rory, et avec tout le respect que nous devons aux musiciens classiques qui jouent sur le disque, on s’en moque un peu, et le morceau sert surtout de pause entre deux attaques soniques.

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BEAUTIFULUNIVERSEMASTERCHAMPION démarre comme un titre métal, avant que les deux guitares se mettent à tricoter dans le style caractéristique du groupe, pour ce qui est une alternance de sommets d’énergie et de tension rampante. 7 Billion People All Alive At Once multiplie les passages calmes, intimistes, histoire de nous préparer à ce que l’on pressent être l’apothéose finale : l’inévitable, et bien nommé, Set Guitars To Kill, premier titre du premier album du groupe, crowd pleaser bien heavy, qui permet aux slammers de multiplier leurs incursions, et met à mal le dos des premiers rangs. On appelle ça un hymne, car, oui ! même le Post-Rock peut donner naissance à des hymnes !

Pause rapide avant un simple rappel, l’horloge approchant des 22h30 du couvre-feu, avec un autre moment de frénésie, Big Thinks Do Remarkable. A noter que si, depuis le début, on pouvait se demander pourquoi les trois musiciens avaient des micros sur scène devant eux (si ce n’est pour gêner encore plus les photographies, déjà difficiles à cause des lumières radicales et de l’agitation incessante des musiciens !), le morceau permet enfin d’entendre les voix : « The Sun Is In Our Eyes »… Et c’est fini. Et c’était exceptionnel. Une très belle session de rattrapage pour ceux qui, comme nous, n’avaient encore jamais vu le groupe sur scène (certains fans s’extasiaient d’ailleurs sur le fait que le groupe était particulièrement en forme ce soir).

Ce qui est certain, c’est qu’on y retournera la prochaine fois qu’ils passeront par Paris !

Texte et photos : Eric Debarnot

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